Joaquín Torres-García, L’esprit de synthèse



« Evidemment, il y a de nombreux peintres et très peu de créateurs. Torres-García est de ceux-ci, un créateur et un homme » dit Théo Van Doesburg à la fin des années 1920. La Galerie Zlotowski est heureuse de présenter pour la première fois une exposition d’oeuvres de Joaquín Torres-García, du 20 mai au 1er juillet 2017. Dessins, peintures, sculptures mais également jouets en bois sont réunis, illustrant le caractère unique de cet inventeur de formes. Le MoMA de New York lui a d’ailleurs consacré une grande rétrospective fin 2015.*

Joaquín Torres-García, né à Montevideo en 1874, vécut à Barcelone, à New York, en Italie, à Paris pour terminer sa carrière en Uruguay où il meurt en 1949. Influencé d’abord par Puvis de Chavannes et les fauvistes, ses recherches trouveront leur aboutissement à la fin des années 1920, au contact de la bouillante avantgarde parisienne qui s’oppose au surréalisme, jugé trop intuitif et indéfini. Il déploie alors un art abstrait qui ne tourne pas le dos à la figuration mais dont l’objectif est d’ordonner le réel dans des constructions préétablies et de schématiser les objets de manière géométrique. Le spectateur se trouve en terrain familier reconnaissant trains, maisons, pendules, marteaux, encres, poissons… Mais ceux-ci se trouvent agencés dans des grilles, dont chaque case possède couleurs et dimensions strictement définies. Torres-García a certes puisé dans la mémoire des oeuvres qu’il appelait primitives avec leur utilisation des symboles.

Néanmoins, il entend innover et défend une pratique artistique renouvelée et ambitieuse. Il explicite sa démarche notamment dans un texte fondateur intitulé Vouloir construire publié dans le premier numéro de la revueCercle et Carré de mars 1931, mouvement qu’il contribue à fonder. « (Le peintre) crée un plan, établit un ordre – il passe de l’individuel à l’universel » et il ajoute « En dehors de nous existe le pluralisme, en nous l’unité ». « L’esprit de synthèse », titre que nous avons donné à l’exposition, résume cette quête. Celle d’abord d’une prédominance de l’esprit, l’artiste privilégiant la construction mentale, l’ordonnancement et la schématisation. Seul l’effort de la pensée de l’artiste peut transcender le réel. La synthèse est celle des corps qui deviennent des silhouettes essentielles, représentant l’humain et non l’individu. La synthèse est celle du monde qui nous entoure tant la représentation des paysages et des objets est épurée, comme le montre par exemple les dessins consacrés à l’univers urbain. Synthèse des pratiques enfin car si l’artiste sculpte, dessine et peint, il conçoit également des jouets et des publicités. Quelle que soit la diversité de pratiques, il reste guidé par l’exigence d’un art sans fioriture ni surcharge. Revoir aujourd’hui Torres-García, c’est retrouver un artiste d’une absolue originalité et d’une remarquable cohérence.

Michel et Yves Zlotowski,
avril 2017



Chien - Jouets transformables Aladin, c.1930

Chien - Jouets transformables Aladin, c.1930

Joaquín TORRES - GARCÍA
Oil on wood - 10 pieces
Box : 5 1/2 x 11 x 1 3/16 in
(14 x 28 x 3 cm)

Composition abstraite, 1942

Composition abstraite, 1942

Joaquín TORRES - GARCÍA
Oil on cardboard
26 3/4 x 19 1/2 in.
Signed lower right: JTG; dated lower left: Lower center:
dedicated to his wife Manolita for her birthday on February 22, 1942

CE CREAM, 1948

CE CREAM, 1948

Joaquín TORRES - GARCÍA
Oil on canvas
19 11/16 x 23 1/2 in.
Signed lower left: JTG; dated lower right: 48

Masque rouge, 1928

Masque rouge, 1928

Joaquín TORRES - GARCÍA
Oil on canvas
16 3/16 x 13 in.
Signed left side: ''J. Torres-GARCIA''; dated lower right: ''28''