Royaume de Vénus



Nina façonne depuis 2000 des sphères de terre chamottée, sur lesquelles elle grave, en incisant la surface crue, des figures féminines et masculines, du présent, en apparences, qui se voient déifiées et affairées au plaisir de s’épanouir en ondulant. Si les visages semblent contemporains, c’est-à-dire d’aujourd’hui, temporalité qui rappelle l’œuvre dessinée de Jean Cocteau, l’artiste les projette en des lieux où la joie triomphe et où une innocente nudité renvoie à une terre oubliée ; le royaume de Vénus.

A ces scènes de genre qui évoquent une forme de plénitude baudelairienne, où tout n’est que « luxe, calme et volupté », s’ajoute une dimension décorative qui explore la géométrie, un « découpage » primitif et quasi pariétal du support. Cette dimension décorative souligne autrement la manifestation d’un mouvement sur le visible. Mouvement des chevelures qui s’entremêlent suivant un rythme qui est celui de la sphère au moment où l’artiste imagine ce déploiement heureux, souvent teinté d’humour et de malice qui renvoit à la personnalité de l’artiste elle-même. La bichromie obtenue par des aplats d’oxydes de métaux donne un caractère presque lunaire à l’objet fini, situant chaque scène à l’interstice du réel, du présent, et de l’irréel, à la fois sensible et mémoriel.

Nina est née à Erevan en 1964. Elle est formée entre 1979 et 1988 aux Beaux-Arts de la ville, capitale de l’Arménie. Elle arrive à Paris en 1996, date à laquelle elle complète sa formation à l’Ecole Nationale des Arts Appliqués, jusqu’en 1998. Pendant de nombreuses années, elle expérimente différentes techniques où le savoir-faire et la compréhension infiniment poétique de notre monde se précise.

Son univers est souvent perçu comme « méditerranéen », il probablement lié à la richesse du patrimoine arménien et à ses environnements naturels mais il s’enracine dans des cultures plus ancestrales, comme celle de l’antiquité grecque la plus reculée. Nina explique : « Avant de concevoir une œuvre, j’ai besoin de toucher la terre, de la sentir humide sous mes doigts, de respirer son odeur d’humus. Ce contact m’imprègne de notre mère-terre Gaïa et fait à chaque fois renaître mon inspiration. »

Au-delà de cette dimension édénique, perceptible au premier regard, le travail effectué délivre la contrepartie de sa complexité. Chaque œuvre de Nina harmonise le modelage, la gravure et le dessin, pratiquant parallèlement ces deux techniques en marge l’une de l’autre comme elles se répondent et se nourrissent sur les sphères non tournées et façonnées à la main.

Chaque exposition de Nina offre aux regards qui s’y aventurent la vision d’un monde à part entière constamment réinventé. Les sphères, soumises aux lois de l’installation, placées à des hauteurs différentes, délivrent dans les espaces consacrés à cet effet une impression singulière, l’universalité d’un désir, celui de voir l’humanité peut-être renouer avec une salvatrice légèreté de l’Etre.

Nina expose annuellement depuis 20 ans à la galerie de Buci. Ses œuvres exposées depuis 1993 à Paris sont dans de nombreuses collections privées et publiques, comme – récemment – la Fondation Américaine de Ramiro Ortiz et le Musée d’Art contemporain d’Arménie à Erevan.



Vénus

Vénus

Nina
Sculpture en faïence chamottée, pièce unique
2015

Jour d’été

Jour d’été

Nina
2016
© Galerie de Buci

Promenade

Promenade

Nina
2016
© Galerie de Buci